La langue maternelle

 

 

Vous me direz, pourquoi consacrer un article à la langue maternelle ?? Tout le monde sait de quoi on parle. Eh bien, je n'en suis pas si sûre.

 

Ce terme a fait couler beaucoup d'encre tant en français, qu'en allemand (Muttersprache – Uhrsprache) ou en anglais.

 

Tout le monde pense qu'il s'agit de la langue de la mère, de la maman. Elle est souvent définie comme étant la langue que l'on a appris de sa mère, ou celle de la mère-patrie. On dit aussi que c'est la langue du pays dans lequel on est né.

 

 

 

 

 

Détrompez-vous. Ce n'est malheureusement pas aussi simple que cela. Si vous consultez les dictionnaires et les encyclopédies, vous aurez de nombreuses définitions plus ou moins claires et entretiennent des ambiguïtés certaines. On parle de la langue de la mère, de la langue de la mère-patrie, de la langue dans laquelle on a commencé à parler, de la langue dans laquelle on a reçu son éducation… C'est très flou.

 

 

 

Ce flou provient de l'utilisation du mot "maternel". Quand on pense maternel, on pense d'abord à la mère.

 

Au XIVe siècle, la locution "langue maternelle" désignait la langue commune, celle parlée par le plus grand nombre. On pourrait donc parler de "langue commune". Le choix de dire langue maternelle à cette époque avait été fait dans le but de valoriser la femme. Nicole d'Oresmes parlait de "langue maternelle et commune".

 

Au XVIe siècle, l'utilisation du terme "langue maternelle" se modifie à nouveau. La mère, femme nourricière, est alors considérée comme moindre, mais le terme 'langue maternelle' reste. Comme la femme est considérée comme ignorante et que l'homme ne l'est pas, le terme devient problématique. La langue ne peut plus être attachée à la mère. Tant en France que dans d'autres pays, la langue dite maternelle est alors considérée comme médiocre, il faut alors recodifier le terme.

 

Bossuet parlera de la langue du père, de l'autorité. L'image de la langue maternelle est dévalorisante, car la femme est toujours considérée comme inférieure socialement et linguistiquement.

 

C'est au XVIIIe siècle, avec Leibniz et Rousseau que la locution "langue maternelle" trouvera son 'nouveau' sens, dans lequel se trouve le père, l'affectivité à la langue et le nationalisme. On parlera aussi de "lingua della casa", la langue de la maison ou de "lingua del pane", la langue du père, et donc du pouvoir.

 

On parle de langue maternelle dans une maison paternelle.

 

 

 

Alors, qu'en est-il de la langue maternelle ? Quelle est-elle ?

 

Avec l'uniformisation de la langue et l'alphabétisation des populations, la langue maternelle (lingua della casa) est revalorisée. Elle est la langue de la maison, du domicile, du lieu de son acquisition. Les femmes jouent un rôle important dans la famille et l'éducation des enfants, la location "langue maternelle" se vulgarise pour devenir l'équivalent de langue nationale.

 

 

 

 

 

Quand Jules Ferry a nommé les écoles, des "écoles maternelles". Le terme maternel a alors pris un autre sens. Celui d'un espace social avec une 'atmosphère familiale'. Les femmes ont pu devenir institutrice. La langue maternelle est donc la langue dans laquelle on grandit et qui n'est pas nécessairement la langue de la mère. C'est la langue nationale dans laquelle on grandit. C'est ce sens qui est sous-entendu dans langue maternelle.

 

 

 

Ainsi un enfant né au Japon d'une mère française avec un père japonais, pourrait avoir le français comme langue maternelle à condition que sa mère l'utilise et qu'il puisse être éduqué dans cette langue.

 

 

 

J'espère ne pas vous avoir mélangé tous vos pinceaux. La discussion est ouverte, j'attends avec plaisir de pouvoir échanger avec vous.

 

 

 

Références :
Pierre Boutan, Langue(s) maternelle(s) : de la mère ou de la patrie ?

 

Jean-Didier Urbain, La langue maternelle, part maudite de la linguistique ?

 

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